mercredi 8 avril 2009

Trois banques suisses mêlées à un scandale de corruption au Kenya



A Genève, Schroders et HSBC Private Bank ont abrité des fonds pour plus de 170 millions de francs. Un employé d’UBS est impliqué. Le Ministère public enquête


La place financière de Genève, qui se félicite publiquement de la dureté de la Loi fédérale sur le blanchiment d’argent, voit trois de ses membres mêlés à une importante affaire de corruption au Kenya. Une enquête fouillée de la Neue Zürcher Zeitung révèle mardi que les présences locales de Schroders, HSBC Private Bank et UBS ont été impliquées à des degrés divers dans l’affaire Anglo-Leasing pour un total supérieur à 170 millions de francs.

En 2002, le gouvernement de Nairobi s’adresse à Anglo-Leasing pour acheter des machines à fabriquer des passeports et de l’équipement pour la police. C’est le début d’une affaire de détournements de fonds dépassant le milliard de francs. Les propriétaires d’Anglo-Leasing, les frères Deepak et Rash­mi Kamani, deux hommes d’affaires kenyans, recourent à des circuits financiers entre le Royaume-Uni et les îles Vierges britanniques pour détourner des fonds et s’en servir à des fins, notamment, de corruption dans leur pays. En 2004, le scandale éclate. La commission kenyane anti-corruption sollicite l’entraide judiciaire de la Suisse. Le Ministère public de la Confédération, qui a saisi des documents et procédé à plusieurs interrogatoires, n’a à ce jour pas terminé son enquête. Selon la NZZ, il a fermé des comptes bancaires, une affirmation qu’il a démentie au Temps.

Bradley Birkenfeld réapparaît
Les fonds kényans sont parvenus dans les trois banques suisses via plusieurs filiales d’Anglo-Leasing, certaines étant domiciliées aux îles Vierges. Plusieurs de ces sociétés boîtes aux lettres ont affiché sur leur correspondance commerciale des adresses bien genevoises. Inscrite dans ce réseau, Apex Finance, détenue également par les frères Kamani, aurait servi à financer des achats d’armes au nom du gouvernement kényan à des tarifs manifestement très surfacturés. Son courrier aboutissait auprès de la boîte postale de Schroders. C’est une employée de cette banque qui répondait aux appels. Une pratique légale, selon un cabinet d’avocats genevois.
Le compte, qui n’a jamais eu moins de 120 millions de francs, avait été ouvert par un gérant de fortune de la banque qui s’est mis à son compte après coup.

Le service de surveillance interne de Schroders s’était inquiété de l’identité des ayants droit économiques et de l’origine des fonds, comme la loi l’y oblige. Il avait estimé qu’une annonce à l’Autorité de communication en matière de blanchiment d’argent s’imposait. Son avis n’a pas été suivi par la direction. La Finma affirme aujourd’hui au Temps qu’«elle n’a pas d’indication d’une violation de la Loi sur le blanchiment d’argent». Elle «suit l’affaire sans participer à l’enquête du Ministère public». Schroders ne livre aucun détail. L’implication de HSBC Private Bank par le réseau des frères Kamani porte sur 50 millions d’euros déposés par Midland Finance, une autre société boîte aux lettres domiciliée aux îles Vierges, selon la NZZ. Dans sa correspondance, elle donnait l’adresse privée genevoise d’un gérant de fortune d’UBS devenu célèbre ces derniers mois, ­Bradley Birkenfeld. Ce dernier est aux arrêts aux Etats-Unis dans le cadre de l’affaire d’évasion fiscale. HSBC indique aujourd’hui avoir «fermé tous les comptes en relation avec cette affaire en 2006», sans autres détails. UBS ne fait, pour sa part, «aucun commentaire».
Source: Un article de Yves Genier paru dans Le Temps du 08.04.2009

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